Samedi 20 mai 2006 6 20 /05 /Mai /2006 16:12

"Je m'éveillai, c'était la maison natale,
Il pleuvait doucement dans toutes les salles,
J'aillais d'une à une autre, regardant
L'eau qui étincelait sur les miroirs
Amoncelés partout, certains brisés ou même
Poussés entre des meubles et les murs.

C'étais de ces reflets que, parfois, un visage
Se dégageait, riant, d'une douceur
De plus et autrement que ce qu'est le monde.
Et je touchais, hésitant, dans l'image,
Les mèches désordonnées de la déesse,
Je découvrais sous le voile de l'eau
Son front triste et distait de petite fille.

Etonnement entre être et ne pas être,
Main qui hésite à toucher la buée,
Puis j'écoutais le rire s'éloigner
Dans les couloirs de la maison déserte.

Ici rien qu'à jamais le bien du rêve,
La main tendue qui ne traverse pas
L'eau rapide, où s'efface le souvenir."


Yves Bonnefoy, Les Planches courbes


Lisez et relisez ces mots, ces phrases d'où le sens semble se dérober comme le sable entre nos mains. Et peut être alors toucherez vous aussi, dans le miroir, les mèches de la Déesse.

Apprendre à voir, à comprendre, à sourire de la magie qui jamais ne nous quitte. Toujours là, en nous, à travers nous.

Car nous portons les graines du savoir ancien.
Par Galkalah - Publié dans : La plume d'Argent
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